Quatre ans. C'est le temps qui sépare le vote de la loi instituant le permis à points au Sénégal — adoptée à l'unanimité en avril 2022 — de sa mise en application concrète, toujours attendue à ce jour. Entre-temps, le gouvernement a fixé une date-limite, l'a manquée sans le dire officiellement, et le texte réglementaire précis n'a toujours pas été rendu public. On fait le point sur ce qui va vraiment changer pour toi, et sur ce qui reste encore flou.
Une loi votée en 2022, jamais appliquée depuis
Le 7 avril 2022, l'Assemblée nationale sénégalaise adopte à l'unanimité un nouveau Code de la route, défendu par le ministre des Infrastructures de l'époque, Mansour Faye. Ce texte, numéroté loi 22/2022, abroge et remplace l'ancien Code datant de 2002, et instaure officiellement le principe du permis à points. L'objectif affiché à l'époque : se conformer à une directive de l'UEMOA de 2009 sur l'harmonisation des systèmes de permis dans la sous-région, et lutter contre la recrudescence des accidents de la route.
Depuis ce vote, silence quasi total pendant près de trois ans sur l'application concrète du texte — jusqu'à ce que le dossier revienne au premier plan début 2025 et surtout en 2026.
2026, l'année de l'accélération annoncée
Le 10 mars 2026, à Saly-Portudal, le ministre des Transports terrestres et aériens Yankhoba Diémé préside un atelier national consacré à la finalisation de la partie réglementaire du Code de la route. Son message est clair et volontariste : "Le deadline donné par le gouvernement, c'est de ne pas sortir du premier semestre 2026 pour l'application effective du nouveau code de la route."
Selon le ministre, les travaux techniques nécessaires à l'opérationnalisation du texte étaient alors réalisés à environ 80%. La démarche s'inscrit dans l'agenda de réformes porté par le Premier ministre Ousmane Sonko, qui souhaite doter le pays d'un Code de la route pleinement opérationnel.
Les quatre grandes innovations annoncées
Au-delà du permis à points lui-même, le ministre Diémé a détaillé un paquet de réformes cohérent, pensé comme un tout.
- ✅ Le permis à points, présenté comme l'innovation majeure, déjà évoquée lors des états généraux des transports publics avant d'être inscrite dans la loi.
- ✅ La vidéo-verbalisation, un système automatisé de constat des infractions par caméra, comparable à ce qui existe déjà chez le voisin ivoirien.
- ✅ La digitalisation du paiement des amendes, pour simplifier et sécuriser le règlement des contraventions.
- ✅ Le renforcement de la visite technique, que le ministre veut à la fois "démocratiser" et rendre plus rigoureuse.
Le ministre a aussi évoqué une révision plus large du processus d'obtention du permis, avec une professionnalisation accrue des chauffeurs par une formation renforcée — et un objectif assumé de "taper sur le porte-monnaie" des conducteurs récalcitrants, en révisant à la hausse le niveau des sanctions.
Ce qu'on ne sait toujours pas : le détail du barème
C'est le point le plus important à comprendre avant de t'inquiéter ou de te réjouir. Le nombre exact de points attribués à un permis sénégalais, le barème précis par type d'infraction, les modalités de récupération des points perdus : rien de tout cela n'a été rendu public dans les sources consultées.
Ce que le ministre Diémé a en revanche précisé, c'est l'exigence technique derrière le projet : "Un permis à points ne se gère pas avec un bloc-notes. Il faut un système automatisé capable d'enregistrer les infractions, de décompter les points et de gérer les sanctions." C'est justement cette infrastructure numérique, encore en construction en mars 2026, qui explique en partie pourquoi le calendrier initial n'a apparemment pas été tenu.
Ce qui a déjà changé, indépendamment du permis à points
Toutes les réformes autour du permis sénégalais ne sont pas suspendues à l'entrée en vigueur du nouveau Code. Certains éléments sont déjà effectifs aujourd'hui.
Pour qui ça compte le plus, une fois le système en place
Si le dispositif finit par entrer en vigueur comme annoncé, les premiers concernés seront les conducteurs professionnels — chauffeurs de transport en commun, VTC, taxis — pour qui un cumul d'infractions filmées automatiquement pourrait menacer le permis, et donc le gagne-pain. Les conducteurs occasionnels à Dakar, où la densité de circulation est déjà citée comme l'une des plus exigeantes d'Afrique de l'Ouest, sont également concernés par le renforcement annoncé des contrôles automatisés.
Pour l'instant, tant que le barème précis n'est pas publié, il est impossible de dire avec certitude quelles infractions coûteront le plus de points, ni combien de temps il faudra pour les récupérer.
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